Château Pierlot ou demeure des Princes de Lowenstein
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Château Pierlot ou demeure des Princes de Lowenstein


B-6880 Cugnon (Bertrix)

Demeure privée.
Dans un parc clos de murs dominant la Semois, grosse bâtisse du XVIIIe siècle, en schiste crépi et cimenté, bien conservée malgré sa modernisation du XIXe siècle, construite à l'origine par les Princes de Lowenstein - Werthein sur les restes d'un bâtiment plus ancien probablement érigé par les "La Marck" (Prince de Sedan et Duc de Bouillon). Au XIXème, propriété des Pierlot, industriels ardoisiers. Volume classique à double corps de deux hauts niveaux sur caves et sept travées de baies sur chacune des façades. Côté cour, travée centrale monumentalisée par un faux parement de ciment et hâpée latéralement. Derrière un perron précédé d'une volée de marches semi-circulaires, porte à linteau légèrement bombé à clé pendante et saillante; balcon porté par deux consoles et garde-corps en fer, style Empire. Fenêtres à linteau délardé sur montants droits, celles du rez de chaussées agrémentées d'une guirlande plaquée surmontant le linteau. Dans les murs pignons, ouvertures analogues ou à linteau droit. Fausses harpes d'angle. Corniche en bois moulurée. Mansarde d'ardoises percée de cinq lucarnes à bâtière.
Fermant à gauche l'espace de la cour, dépendance néo-classique de la première moitié du XIXe siècle, dont la façade est rehaussée d'une dalle aux armes des princes de Löwenstein, de 1756. Dans le parc, intéressant pavillon carré, sans doute de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, en schiste crépi. Toiture dite " l'impériale" formées d'ardoises en écailles jusqu'à la naissance du coyau.
Demeure natale de Hubert Pierlot, premier ministre belge lors de la seconde guerre mondiale jusqu'en 1946. Il quitta la Belgique pour installer le gouvernement belge en exil à Londres avec notamment Gutt et Spaak.

Histoire (Source : Jean-Etienne Hallet):
Le Moyen Age de la famille de Cugnon et des La Marck.
Au XIIIe siècle, lors du démembrement du comté de Chiny, le seigneur de Cugnon fit ériger une forteresse de plaine, en rive droite de la Semois. Celle-ci alimentait naturellement les douves. La famille des la Marck y séjournera lorsqu'au XVe siècle, elle succédera à la famille de Cugnon. Au-delà de la forteresse, le chemin remonte vers Auby et Bertrix. A hauteur de la chapelle Notre-Dame du Prompt Secours, le sentier Chauchet permet de rejoindre la vallée des Munos qui, elle aussi, sera dotée d'une fortification d'époque gallo-romaine, le Château des Fées, qui, comme la redoute de Parfonru, sera remis à jour par A. Matthys dans les années 1970. Le Moyen Age nous laissera les traces des occupations de nos ancêtres dans les ardoisières de Linglay, de la Morépire et de la Grande Babinaye, dont les moines d'Orval étaient propriétaires. Il y avait aussi les clouteries, les aires à faulde, toujours visibles en forêt, où l'on fabriquait le charbon de bois et enfin les moulins (forge, huilerie, filature, meunerie).
La période moderne
Après les la Marck, ce sont les Löwenstein, comtes de Rochefort, qui, en 1744 - 47, construiront, sur les fondations d'un bâtiment féodal, la demeure que nous connaissons de nos jours, le château de Cugnon, habité par la comtesse Pierlot. Le domaine avait été racheté, au XIXe siècle, par la famille Pierlot qui donnera à la Belgique un Premier ministre, Hubert Pierlot, entre 1939 et 1945. Sur la façade de la grange du château, figure un bas-relief aux armes des Löwenstein, dont l'association "Alisna" s'est inspirée pour son blason, tout comme la commune de Vresse.
Cette famille marquera son passage en faisant construire l'église baroque de Cugnon, dédiée à saint Rémi et classée par la commission royale des Monuments, Sites et Fouilles. Les courbes du clocheton, l'ondulation du rampant, l'insolite mouvement du pignon, le pot à feu évoquent la mouvante architecture du baroque Rhénan. Le cimetière qui l'entoure est aussi classé et comporte une tombe de 1672. Adossée au cimetière, une stèle rappelle le souvenir du Premier ministre Hubert Pierlot. Les Löwenstein avaient un régisseur, Lambert, puis son fils, Charles Sandkoul, d'origine allemande, habitant à la rue du Moulin. Il reste une héritière, à Monthermé, qui porte encore le nom de l'ancien bailli. La ferme voisine possède toujours une taque d'Orval, datée de 1576, aux armoiries de Dom Lambert d'Orvaux, avec la crosse, l'étoile, l'oiseau et le trèfle. Rappelons que c'est vers le milieu du XVIe siècle que Charles Quint octroya à l'abbaye d'Orval les lettres patentes l'autorisant à ériger une forge qui fera sa fortune… Les Löwenstein exerçaient haute, moyenne et basse justice et Sandkoul, bailli de Cugnon - Chassepierre, dirigeait la Cour du Baillage et la Gruerie, sorte de conservation de la forêt. De quelle justice s'agissait-il ? Seul l'adage nous est resté : "Du vin de Mouzon, du pain de Bouillon et de la justice de Cugnon, délivrez-nous, Seigneur ! "… Les Löwenstein ont aussi battu monnaie que s'arrachent les numismates. L'ancienne ferme du château appartient au forestier Gérard Dufour et date de 1695.
Les pieds dans l'eau, c'est, dit-on, le bâtiment le plus élégant de Cugnon. Plus ancien, le moulin, construction typique du XVIIe, a malheureusement perdu sa roue à aubes. Il jouissait du privilège, octroyé par Marie-Thérèse, de faire fonctionner une pêcherie à anguilles. Depuis l'an dernier, le moulin Willaime à Herbeumont a installé, sur le mur proche de la Semois, une girouette à l'effigie de l'aigle bicéphale de l'empire austro-hongrois, semblable à celle que nous connaissons au moulin de Lacuisine. Pourquoi pas aussi au moulin de Cugnon, maintenant qu'il a retrouvé sa roue…
(Source texte : Jean-Etienne Hallet).

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